Après les deux revers du traité Constitutionnel, en France et aux pays-Bas, après ce sommet européen impossible, le OUI luxembourgeois le 10 juillet est quasiment passé inaperçu. La solidarité, le pragmatisme et le consensus, bases de notre construction de rapprochement politique et économique, seblent à l'arrêt, et les dirigeants revenus des années en arrière, à l'époque de "I want my money back", des intérêts personnels et purement nationaux.
Ainsi, Tony Blair comme Jacques Chirac se targuent chacun à sa manière d'être l'incarnation de la vision de l'Europe, celle qui avance, celle de demain. Malheureusement, on peut le dire, l'Union Européenne proposée par Blair, ou proposée par Chirac, n'a rien de moderne. Ces deux conceptions sont vieilles.
Nous avons dans le débat sur le budget européen d'un côté le chef d'Etat d'un pays riche à l'économie tertiaire à plus de 75% qui demande à ce que la PAC ne soit pas réévaluée, alors que la France a depuis longtemps passé le besoin de cette aide. De l'autre côté, nous avons un Anglais qui pense trouver une façon d'avancer à l'Europe tout en renonçant à diminuer la ristourne dont bénéficie l'Angleterre depuis Margaret Tatcher.
Nous avons finalement un Jacques Chirac dont les demandes sont dictées par l'égoïsme; en effet, les 10 nouveaux pays de l'UE ne peuvent pas bénéficier de la PAC, alors que ce sont les seules populations qui peuvent justifier cette institution qui fausse le libre-échange et empêche un développement harmonieux au niveau mondial.
Et un Tony Blair, qui va s'efforcer d'enterrer le projet de Constitution pendant les 6 mois de son mandat, tout en orientant l'UE vers l'arrière, vers une simple communauté économique.
Où est l'Europe moderne? La Jeune Europe?
Où est passée la solidarité entre les peuples, cette "solidarité de fait" de Schuman?
Enlisée comme après chaque revers, l'Europe doit en plus subir la désaffection de ses nouveaux membres. Certains braillent que les Polonais (ou autres) n'ont jamais adhéré pour construire une Europe politique. Ceux-là ne connaissent pas la question, et ne savent pas que le drapeau européen flotte sur le palais présidentiel polonais depuis 2002. Ils ne savent pas non-plus à quel point justement ces populations, sans exception, ont envie de construire chez eux et participer à une construction avec leurs voisins. Depuis 2003 et les referenda d'adhésion au sein de ces pays, le sentiment européen s'est développé, l'information aussi. Des Mouvement Européens tchèque, lituanien, hongrois, polonais existent et se sont développés. Certes, le fâmeux "ils auraient mieux fait de se taire" les a pour certains quelque peu refroidis.
A peine entrés, étaient-ils considérés comme des membres de second rang? Ce sentiment s'accentue; tout d'abord parce que l'on ne fait aucun cas des consultations qui restent à faire, notamment chez certains d'entre eux, ensuite parce que, malgré le 1er Mai 2004, le Conseil européen a été encore une fois trusté par ceux qui s'annoncent comme "Les Grands".
L'ambition et les propositions de ces nouveaux membres, emmenés par les Tchèques Paroubek et Svoboda, ainsi que par le premie rministre polonais, ont du être ravalées. L'Europe, qu'on se le dise, jusqu'au 31 décembre 2005, n'a pas fini de s'enfoncer...
Et toujours pas de plan B.